APPRENDRE A GÉRER SON TEMPS, LES CANADIENS, LES JAPONAIS, LES SUÉDOIS, LES FINLANDAIS (ET BIEN D’AUTRES) LE FONT A L’ECOLE !

 Pourquoi ce sujet ? Je me renseignais sur la manière dont différents pays pouvaient enseigner la valeur temps, par comparaison à la France. Au départ même, l’idée d’enseigner la gestion du temps me paraissait curieuse. N’ayant eu aucun enseignement sur ce sujet en France (primaire, collège, lycée, faculté), il me paraissait évident qu’appréhender son temps ne pouvait se faire qu’en pratiquant, en échouant, et en réessayant (souvent une fois entré dans la vie active).

D’ailleurs, que ce soit au travail, à la fac ou au lycée, dès qu’on a pris de la « bouteille », c’est-à-dire un peu d’expérience, on s’amuse des « premières années ». Si on leur donne des conseils, ils ne les écoutent pas (ou seulement d’une oreille), et sont toujours d’avis que c’est plus dur pour eux. De notre côté, nous avons tendance à considérer que nous avons plus de mérite, qu’ils n’ont pas fait leurs preuves en « suant », en travaillant, etc…

Vous imaginez ma surprise alors de constater que des pays pratiquent l’enseignement de la valeur temps dès l’école.

Au Canada, je suis tombé sur un corrigé d’exercices sur la gestion du temps dans le cadre d’un programme d’assistant de direction / secrétaires.  Ce support mériterait d’être diffusé à l’école primaire comme les fables de la Fontaine. Y figurent :

  • Les symptômes des différentes maladies de gestion du temps comme la chronophagie ou l’ouite (dire oui ou ne pas savoir dire non).
  • Les lois de gestion du temps comme la loi de Parieto ou des 20/80 (20% des actions donnent 80% des résultats, permettant de mesurer la rentabilité de son temps investi
  • Démystifier le temps. Apprendre qu’il s’agit d’une ressource unique, que nous pouvons pas économiser du temps comme de l’argent (nous disposons tous de la même quantité de temps dans une journée). Nous ne pouvons pas contrôler le temps, mais seulement les activités que nous faisons. Nous manquerons toujours de temps pour tout faire : nous devons donc faire des choix en fonction des priorités.
  • Apprendre à dessiner sa courbe d’énergie d’une journée type afin de positionner au bon moment les tâches critiques (ou à haute valeur ajoutée de la journée). Certains seront plus du matin, d’autres plus de l’après-midi, d’autres plus du soir. Nous sommes plus efficaces lorsque nous sommes le plus énergiques
  • Distinguer le but (la fin, par ex. conduire cet été) et l’objectif (passer le permis au printemps). Apprendre à se donner des objectfis clairs, réalistes, mesurables et contrôlables (on parle de SMART goals en anglais).
  • Apprendre à déléguer, en précisant le pourquoi de la délégation, rechercher qui peut faire le job, clarifier l’activité (résultats attendus), spécifier la date de delivery.
  • Apprendre à identifier les chronophages, les voleurs de temps (internes / externes)
  • Savoir réagir aux interruptions
  • Apprendre à planifier (au mois, à la semaine et à la journée).
  • Le bon sens transpire de ce support. Même si le lecteur n’en garde que 10% à la fin, il a train d’avance sur le jeune français – parcours typique – qui démarre sa vie professionnelle…

En Suède, l’administration a publié une série de recommandations sur les manières de déstresser les enfants sur leurs devoirs à la maison. Là encore, du bon sens avec des recommandations qui apprennent aux enfants dès le plus jeune âge à savoir gérer son temps.

close up of woman working
L’organisation du travail dès le plus jeune âge, un impératif suédois de santé publique
  • Apprendre aux enfants à répartir leur travail par petites sessions régulières plutôt qu’une grosse session faite dans la douleur et l’urgence (= stress). Leur apprendre à planifier leur travail sur ces petites sessions
  • Leur apprendre à se définir un point de départ et de fin des sessions de travail
  • Apprendre aux parents les limites de capacité de concentration des enfants et les respecter (2 à 5minutes par an : 1 h max pour 1 enfant de 9 ans).
  • Saluer/récompenser l’effort des enfants davantage que leurs résultats.
  • Aménager un espace de travail vierge de toute distraction (sans bruit de TV, cuisine, conversation, etc.).
  • Réserver un temps de plaisir post session de travail, permettant d’associer la libération du temps…

En Finlande, je suis tombé sur mes recherches sur un art. d’un blog d’un prof américain de math qui a participé à un échange en Finlande. Il décrit assez bien l’état d’esprit du pays avec cette phrase « Less is more » (que nous pourrions traduire par « c’est avec moins qu’on accomplit plus de choses »). La valeur temps s’enseigne là-bas par la pratique dès l’école !

  • L’école ne démarre qu’à 7 ans,
  • La durée d’une journée d’école est limitée (débute à 9H, finit à 3H). 2 à 3 classe max entrecoupées de pause.
  • Les profs ont moins d’heures de cours et plus de souplesse (ne sont pas forcés de rester à l’école en cas de trou dans leur agenda) ce qui leur permet de mieux s’organiser, planifier, créer, etc.
  • Les élèves gardent souvent le même prof 3 ans et jusqu’à 6 ans. Pas de stress sur le planning, pas d’urgence pour faire le programme, car le prof sait qu’il gardera l’élève l’année suivante, et peut donc s’adapter à son rythme,
  • L’enseinement finlandais favorise la participation en cours plutôt que les devoirs à la maisons (30 minutes par jour versus 2h par soir au collège/lycée en France).

 

Au Japon, la valeur temps est contenue dans l’adage « Just in time » (Juste à temps). Un japonais arrivera à l’heure exacte du rendez-vous, ni 5 minutes avant (comme un suédois ou un américain) ni 5 minutes en retard (ou plus) comme un latin : espagnol, italien, etc.

Ne croyez pas que cet adage veut dire que le japonais gère son temps dans l’urgence. Bien au contraire, toute l’organisation personnelle, affective et professionnelle est sytémisée afin de laisser un minimum de place au hasard.

Cet adage (ou KANBAN en japonais) a été rendu célèbre par l’entreprise TOYOTA qui l’a industrialisé afin de compresser au maximum ses stocks. Les japonais limitent au maximum la poursuite de tâches en parallèle. A l’école, les japonais apprennent à faire leur personal KANBAN de la manière suivante :

KANBAN

  • Un tableau est préparé avec 3 colonnes : « OPTIONS, DOING and DONE ».
  • Les tâches sont listées sur des post-it, triés par couleurs (priorité différente) ou de type (personnel, finance, business, etc.).
  • Jamais plus de 3 tâches sont rangées dans la colonne « en cours », partant du principe que le multitâches n’est pas efficace.
  • Une fois la tâche achevée, celle-ci est rangée dans la colonne « done »

 

Que risquerait-on à perdre à enseigner la gestion du temps dès l’école… Ne diminuerait –on pas le stress chez nos enfants, l’appréhension d’un exam qui a été découpé, travaillé, etc.

Apprendre aux enfants à avoir une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine.

D’autres l’ont compris avant nous. A minima, apprenons à l’apprendre à nos enfants. Je n’hésiterai pas à le faire de mon côté avec mes filles.